Cabinet du Dr Brigitte Picandet

Temps consacré au repas : un temps précieux… à tout âge

Toutes les études récentes portant sur les différents médiateurs qui interviennent sur l’axe tube digestif <-> cerveau (cholécystokinine, GLP1…) sont concordantes pour montrer le lien entre une durée suffisamment longue du repas et une régulation adaptée de la prise alimentaire.

Ce qui avait déjà été observé par Brillat Savarin au XVIIIème siècle quand il décrivait avec un certain mépris les « gloutons » par opposition aux « gourmets » est aujourd’hui confirmé par les travaux scientifiques.

En d’autres termes, ceux qui mangent trop vite risquent de manger trop.

Partant de cette hypothèse, une étude a été menée aux Etats-Unis chez des enfants et adolescents volontaires, visant à expérimenter une méthode « douce » pour allonger la durée du repas (1).

Il a été proposé à un groupe de 54 jeunes, 18 filles et 36 garçons, âgés de 9 à 16 ans, de s’entraîner à ralentir la vitesse de leur repas en utilisant un banal sablier. Celui-ci, calibré pour se vider en 30 secondes, devait être tout simplement retourné entre chaque bouchée servant ainsi de repère temporel pour rythmer l’enchaînement des bouchées.

L’étude était présentée comme une recherche sur les « bonnes manières » de se comporter à table, mettant l’accent sur l’aspect « santé », et n’imposait aucun impératif en termes de sélection ou de restriction d’aliments. Ainsi, outre l’usage du sablier, le programme comportait les instructions supplémentaires suivantes : manger assis à table, commencer par boire un verre d’eau, ne pas se servir copieusement, ne pas se resservir, éviter de manger entre les repas.

Il était uniquement demandé aux participants de noter le nombre de jours par semaine où ils avaient utilisé le sablier.

Un groupe témoin (T) de 36 jeunes était constitué à partir d’une population semblable, pour permettre une analyse sur série appariée. Aucune instruction particulière n’était donnée au groupe témoin.

L’accord des parents et leur participation au programme était requis.

Aucun critère de poids n’était imposé pour participer à cette étude. Les paramètres anthropométriques (poids, taille, tour de taille, tour de hanches) ainsi que la pression artérielle étaient consignés en début et en fin d’étude, soit à un an.

Que nous apprend cette étude ?

Les auteurs, de l’Université de San Diego (Californie), qui ont réalisé ce travail, ont distingué deux groupes de jeunes selon le degré de compliance (adhésion) au programme. Dans le groupe des « compliants » (C), les jeunes avaient utilisé le sablier plus de 50% du temps soit au moins 4 jours par semaine en moyenne tout au long de l’année de suivi.

Les autres jeunes se trouvaient, par défaut, dans le groupe « non-compliants » (NC). A noter un nombre non négligeable de perdus de vue au cours de la période d’observation (n=12).

Toutefois, les auteurs ont pu montrer les résultats suivants :

  • Le groupe C présente un indice de corpulence (IMC) plus élevé au début de l’étude : 23,7 versus 20,5 dans le groupe NC.
  • Cet indice diminue à un an à 22,6 dans le groupe C alors qu’il augmente à 21,3 dans le groupe NC.
  • Le tour de taille diminue dans le groupe C de 80 à 78 cm alors qu’il augmente, naturellement, dans les groupes NC et T (témoin) de 72 à 77 cm et de 72 à 76 cm respectivement.

Les paramètres mesurés n’évoluent pas de façon identique dans les groupes, et il apparaît un lien entre l’adhésion au programme et une réduction de la prévalence du surpoids.

Ils insistent sur le caractère « non contraignant » des consignes proposées, par comparaison aux autres approches, ce qui permet qu’elles soient acceptées et facilement suivies, notamment par les jeunes en surpoids. Ils en concluent que ce type de programme, centré sur le ralentissement de la vitesse des repas, pourrait avoir un effet préventif intéressant sur le risque de surpoids et d’obésité.

Que faut-il en retenir ?

En pratique, cette étude, en dépit de son effectif réduit, apporte un argument supplémentaire en faveur de l’importance d’une vitesse suffisamment lente des repas permettant aux mécanismes de rassasiement de se manifester et,ainsi, de mieux adapter les quantités ingérées aux besoins.

Pour les parents, elle laisse envisager l’intérêt sur le risque de surpoids à un âge plus avancé, de donner de bonnes habitudes aux enfants et aux adolescents quant à leur comportement alimentaire lors du repas.

Pour les adultes, elle fournit une astuce (le sablier) à tous ceux qui cherchent à réduire la vitesse de leur repas sans toujours y parvenir, ce moyen simple pouvantalors constituer une aide temporaire.

(*) Quelques références

(1) Salazar Vazquez B.Y., Salazar Vazquez M.A. et al, 2016, Pediatric Obesity 11, 484-490, Control of overweight and obesity in childhood through education in meal time habits. The “good manners for a healthy future” programme.