Cabinet du Dr Brigitte Picandet

La sensation de satiété : qu’en sait-on aujourd’hui ?

La forte proportion de sujets souffrant de surpoids ou d’obésité constitue un réel problème de santé publique dans de nombreux pays (Etats-Unis, Europe, …). Toutes les mesures proposées, visant à apporter des solutions à ce problème, s’avèrent décevantes à ce jour. En parallèle, des travaux sont poursuivis, aussi bien chez l’animal que chez l’homme, autour de la régulation de la prise alimentaire, pour mieux comprendre les phénomènes qui conduisent à ces situations d’excès de poids.

Alors que les Institutions ont tendance à se focaliser sur les contenus nutritionnels, en particulier en termes de valeur énergétique des aliments, sans grand succès, un champ reste peu exploré: les mécanismes psychologiques impliqués dans la satiété.

L’équipe de Jeffrey Brunstrom, responsable de l’Unité « Nutrition et Comportement », dans l’Ecole de Psychologie expérimentale de Bristol (Royaume-Uni), s’intéresse particulièrement à cette composante du comportement alimentaire et a récemment publié (*) des résultats qui méritent l’attention.

On désignera ici par le terme « satiété » la perception au cours du repas d’un apport suffisant qui conduit à s’arrêter de manger.

Sans détailler les protocoles des études réalisées (ou rapportées) par cette équipe, et faisant participer des volontaires, étudiants ou population générale, celles-ci sont menées avec sérieux. De plus, leurs résultats sont assez convergents pour permettre d’établir des conclusions relativement fiables.

Que nous apprennent ces études ?

De nombreux phénomènes mentaux se produisent avant même le début de tout repas. Le volume de celui-ci est intuitivement planifié avant la première bouchée par une série de processus régissant la satiété.

Pour en faciliter la compréhension, la notion de « satiété attendue » (expected satiety) est introduite : elle se définit par l’anticipation, par représentation mentale, de la quantité d’aliments qui devra a priori  être ingérée pour ressentir la satiété.

La satiété attendue conditionne la taille des portions, quand celle-ci est librement choisie avant le début du repas.

La satiété attendue est fonction de la connaissance des aliments : plus l’aliment est familier, plus la satiété attendue est grande.

La quantité ingérée dépend du souvenir laissé par le repas précédent :

  • A ingestion identique lors du repas N°1, vous ne mangerez pas la même quantité au repas N°2 selon que vous gardez la mémoire – ou non – de votre degré de satiété en fin du repas N°1. Manger en jouant sur une console ou un ordinateur prive de cette information et conduit à une prise alimentaire supérieure lors du repas suivant.
  • Si vous sortez de table en pensant, à tort ou à raison, ne pas avoir suffisamment mangé, vous mangerez au repas suivant davantage que si vous étiez sorti satisfait de votre degré de satiété.

Les mécanismes impliqués dans le phénomène de la satiété sont ainsi extrêmement complexes, de plus en plus complexes à mesure que les études avancent.

Que faut-il en retenir ?

En pratique, ces observations sont une incitation à…

  • S’accorder du temps pour se concentrer sur son assiette
  • Prendre conscience de son état de satiété après chaque repas
  • Se méfier de toute mesure « simpliste » en matière de surpoids

(*) Quelques références

Wilkinson L, Ferriday D, Brunstrom J M et al, 2016, PlosOne, vol 11, Keeping peace with your eating: visual feed-back affects eating rate in Humans.

Keenan G S, Brunstrom J M, Ferridau D, 2015, Appetite, 89, 10-15; Effects of meal variety on expected satiation: evidence for “perceived volume” heuristic.

Brunstrom J M, 2014, International J of Obesity, 38, S9-S12 Mind over platter: pre-meal planning and the control of meal size in Humans.

Ivine M A, Brunstrom J M, Gee P and Rogers P J, 2013, Appetite, 61,13 Increased familiarity with eating a food to fullness underlies increased expected satiety.

Brunstrom J M, Burn J F, Sell N R, et al, 2012, PLOS one, 7, 12, Episodic memory and appetite regulation in Humans.