Cabinet du Dr Brigitte Picandet

Diète « méditerranéenne » : quel effet réel sur notre santé ?

Le mode alimentaire méditerranéen, dont l’une des variantes est connue sous le terme de « régime crétois », fait l’objet d’un nombre croissant d’études sérieuses. Elles visent essentiellement à évaluer les effets de ce mode alimentaire sur les indicateurs de bonne santé.

Un indicateur (exemple : pression artérielle) est rassurant quand il se trouve dans les normes. Toutefois, l’important est de considérer si le fait d’avoir un bon indicateur se limite à une simple satisfaction théorique ou s’il en découle un impact positif concret sur notre santé.

Par ailleurs, cet effet bénéfique attendu est–il observé chez tout le monde ou plutôt chez les sujets ayant des risques cardiovasculaires connus ?

Une étude récemment publiée (1) s’est intéressée à cette double question.

Que nous apprend cette étude ?

Les auteurs, de l’Université de Turin, ont suivi pendant 12 ans un groupe de 1658 sujets. Ces sujets, âgés de 45 à 65 ans au début de l’étude, avaient accepté de participer à l’étude et avaient indiqué, à l’aide d’un questionnaire, quel était leur degré d’adhérence à la diète méditerranéenne. Un score d’adhérence à ce type de régime était établi à partir des déclarations des sujets, ce score varie de 1 à 9.

Trois groupes étaient ainsi constitués, selon que l’adhérence au régime méditerranéen était faible (score 1 à 3 : N= 768), moyenne (score 4 à 6 : N= 685) ou élevée (score 7 à 9 : N= 205). Une évaluation de leur risque cardiovasculaire, prenant en compte les paramètres classiques était également faite en début d’étude.

Ils étaient suivis de façon régulière par leurs généralistes qui étaient chargés de dénombrer les événements médicaux et plus particulièrement les événements cardiovasculaires (infarctus, accident vasculaire cérébral, létal ou non létal) survenant durant la période d’observation.

Ainsi, il a été noté que, au cours des 12 années de suivi, la fréquence de survenue de ces événements n’était pas comparable. Globalement, la fréquence est statistiquement plus faible (de l’ordre de moins 20%) chez ceux qui ont une adhérence élevée par rapport à ceux qui ont une adhérence plus basse. La fréquence est d’autant plus faible que l’adhérence est plus élevée.

De plus, cet effet protecteur de la diète méditerranéenne s’observe aussi bien chez ceux qui ont un risque cardiovasculaire initial que chez ceux qui en sont indemnes.

Que faut-il en retenir ?

En pratique, ces observations sont une incitation à adopter un mode alimentaire le plus proche possible du régime crétois.

Si le « régime crétois », consiste – historiquement – à baser son alimentation sur les trois piliers que sont : blé, raisin, olive ; il est possible de le respecter tout en l’adaptant à certaines contraintes (environnement, budget, goût…). En pratique, l’essentiel revient à augmenter la part des aliments d’origine végétale, en les diversifiant au maximum, à réduire la consommation de viande au profit de celle de poisson, à privilégier l’huile d’olive comme source de graisse, à éviter les plats préparés… sans négliger une consommation modérée de vin rouge.

Surtout, ne pas oublier que cette « diète » doit se comprendre au sens grec du terme, comme un mode de vie et en aucun cas comme un régime.

C’est ainsi que le plaisir de manger et la convivialité en font partie intégrante.

(*) Quelques références

(1) Bo S., Ponzo V., et al, 2016, J Trans Med14:91, Predictive role of the Mediterranean diet on mortality in individuals at low cardiovascular risk: a 12-year follow-up population-based cohort study.
(2) Trichopoulou A., Costacou T., et al, 2003, N Engl J Med, 348,26, page 2599-2608, Adherence to a mediterranean diet and survival in a Greek population.