Cabinet du Dr Brigitte Picandet

Denrées saines et données sûres à propos des denrées : de l’importance de savoir faire la part des choses

Une tendance se développe dans notre comportement alimentaire, celle qui consiste à sélectionner les aliments les plus sains, notamment les aliments « bio ». Ce comportement est parfaitement compréhensible, mais une mise en garde toutefois mérite d’être signalée.

En effet, il peut devenir « disproportionné », amenant le sujet à consacrer un temps excessif à la préparation de ses plats, à s’isoler lors des repas, à réduire sa vie sociale, à avoir des croyances infondées à propos des aliments ou encore à invectiver ceux qui ne suivent pas la même attitude. A ce stade, ce type de comportement est pathologique, il s’agit du trouble décrit par les psychiatres sous le vocable d’orthorexie.

De nombreux auteurs, sur tous les continents, s’intéressent à ce phénomène, cherchant à en préciser les causes, à en déterminer la fréquence, et à en évaluer les risques potentiels.

Une des questions pratiques qui se pose en particulier : l’orthorexie peut-elle dériver vers l’anorexie ?

C’est l’objet d’une étude récente (ref 1). Les auteurs (italiens et polonais) ont mesuré le degré d’orthorexie par un questionnaire en 15 points (Ortho-15) dans deux groupes de sujets volontaires, à savoir chez 58 femmes anorexiques et chez 78 femmes « témoin ». Les groupes étaient recrutés pour partie en Italie (N=62) et pour partie en Pologne (N=74).

Que nous apprend cette étude?

Les scores « orthorexie » sont plus élevés dans le groupe anorexique que dans le groupe témoin, la différence est statistiquement significative chez les Italiennes (p= 0.049).

Les scores « orthorexie » sont beaucoup plus élevés chez les Polonaises que chez les Italiennes, quel que soit le groupe considéré, montrant ainsi un facteur culturel non expliqué par les auteurs.

Que faut-il en retenir ?

La réponse à la question sur le lien possible entre orthorexie et anorexie ne peut être tranchée par cette étude. Il semble toutefois que les symptômes de type « orthorexie » se retrouvent volontiers chez les sujets anorexiques. Par ailleurs, comme observé par des auteurs américains (ref 2), anorexiques et orthorexiques ont en commun certains traits de caractères tels : perfectionnisme, tendance anxieuse, rigidité cognitive… ainsi que, à des degrés variables, un état de souffrance psychique.

Il convient de prendre conscience que l’incitation à cet « extrémisme diététique » est entretenue par le flot de conseils et de mises en garde issu des magazines, sites internet, réseaux sociaux, journaux, journaux d’information continue. Concernant ce dernier support : un exemple à dénoncer fortement est celui des messages répétitifs à propos du fipronil ; ce produit insecticide a été présenté durant l’été 2017 comme un dangereux toxique ayant contaminé des œufs à l’échelon européen… alors que, dans ce cas précis de fraude, il n’y avait ni risque pour la santé ni a fortiori scandale sanitaire.

En pratique, essayons de ne pas nous laisser entraîner par les données alarmistes sur la qualité de notre alimentation ; elles sont parfois non-étayées voire fausses et ont pour effet de nous priver du plaisir essentiel de la table et de la convivialité.

(*) Quelques références

(1) Gramaglia C., Brytek-Matera A. Rogoza R. and Zeppegno P., 2017, BMC Psychiatry, 17:75, Orthorexia and anorexia nervosa: two distinct phenomena? A cross-cultural comparison of orthorexic behaviours in clinical and non-clinical samples.
(2) Koven N. and Abry AW., 2015, Neuropsychiatric Disease and treatment, 11:385-394, The clinical basis of orthorexia nervosa: emerging perspectives.