Cabinet du Dr Brigitte Picandet

Manger lentement , d’accord mais comment y parvenir ?

La vitesse du repas est un facteur reconnu comme déterminant sur la quantité ingérée : de nouvelles études sortent régulièrement pour confirmer ce lien (voir références 1 à 3 ci-après). La plupart des personnes qui déclarent « manger trop vite » se sentent impuissantes face à cet automatisme qu’elles déplorent sans pouvoir le corriger.

Pour infléchir cette habitude vers un ralentissement bénéfique, plusieurs moyens peuvent être proposés. Tous éveillent l’attention du mangeur en particulier en début de repas mais ils le font par des techniques différentes. Par exemple, l’aide du sablier posé sur la table a été décrite antérieurement.

Un moyen développé récemment grâce à la technologie digitale consiste à utiliser une fourchette connectée qui a la propriété de vibrer, ou non, selon le rythme des bouchées. La fourchette est calibrée de sorte que le mangeur qui rapproche ses bouchées à un intervalle inférieur à 10 secondes perçoive, en temps réel, une légère vibration.

Une étude a été menée dans la faculté « Radboud » à Nimègue aux Pays-Bas, visant à mesurer l’effet de ce matériel chez des volontaires normo-pondérés (étudiants et personnel de la faculté) qui se considéraient être des mangeurs rapides.

Que nous apprend cette étude ?

L’étude a porté sur 114 sujets (70 femmes et 44 hommes), âgés en moyenne de 29 ans, répartis par tirage au sort dans le groupe « fourchette vibrante » (FV) ou le groupe « fourchette non-vibrante » (FNV).

Elle s’est déroulée au cours d’un seul repas, en l’occurrence le déjeuner, dans des conditions expérimentales les plus homogènes possible. Les participants devaient être à jeun depuis au moins 3 heures au moment du repas et ils devaient estimer l’intensité de leur faim à l’aide d’une échelle visuelle analogique. Ils recevaient une information sur les bienfaits de manger lentement ainsi que des explications sur le fonctionnement de la fourchette.

Ils étaient avertis que celle-ci avait la faculté d’enregistrer le nombre de bouchées, seuls les sujets du groupe FV avaient été informés de la possibilité d’une vibration en cas de rythme trop rapide. Ils avaient la possibilité de choisir le plat de leur goût, servi dans un bol, et n’avaient pas de limitation imposée ni quant à la quantité à consommer ni quant à la durée du repas.

Les auteurs (ref 4) ont observé les résultats suivants :

  • La durée du repas a été en moyenne de 9 minutes et 44 secondes dans le groupe FV et de 8 minutes et 12 secondes dans le groupe FNV, soit significativement plus longue dans le groupe FV.
  • La quantité ingérée globale a été identique dans les deux groupes.
  • L’intensité de la satiété a été également identique dans les deux groupes.

Que faut-il en retenir ?

Même si les résultats ne concluent pas à une réduction de la consommation alimentaire alors qu’un ralentissement de la vitesse d’ingestion est observé, il serait prématuré de rejeter la fourchette connectée au vu de cette étude.

A noter que les conditions expérimentales ne comportaient qu’un plat, au cours d’un repas unique. Il est en effet probable que les modalités de consommation ne peuvent être modifiées sans une certaine répétition des conditions.

Chez les personnes motivées pour réduire la vitesse de leur repas, l’outil pourrait être utilisé dans le but d’initier une première étape de ce changement d’habitude. Une fois le ralentissement obtenu, grâce au rappel de la vibration, le sujet pourrait s’apercevoir de la meilleure qualité de son repas, prendre conscience plus facilement de sa sensation de rassasiement et dans une deuxième étape réduire ainsi sa consommation.

Dans la mesure où ce moyen est simple à utiliser, non agressif, voire ludique, il convient de poursuivre les essais dans ce sens, notamment chez les enfants hyperphagiques.

(*) Quelques références
(1) Fogel A., Goh A.T., et al, 2017, Br J Nutr, 117, 1042-1051
(2) Okubo H., Miuake Y. Ssaki S. et al, 2017, Nutr Res. 37, 20-28
(3) Von Seck P., 2017, Plos One, April 12, (4), e174528
(4) Hermans R.C., Hermsen S. et al, 2017, Appetite, 113, 7-13