Cabinet du Dr Brigitte Picandet

Choix des aliments : quand le « Bio » et le « Med » font bon ménage

A l’heure des états généraux de l’alimentation, du Salon de l’Agriculture, la promotion de la consommation des aliments dits « bio » (issus de l’agriculture biologique) est omniprésente dans les médias.

Ainsi, la tendance à manger davantage selon le mode « Bio » se trouve renforcée, avec de bonnes raisons (santé, environnement, défense des petits producteurs…). Dans le même temps, les publications médicales de la sphère cardiologique ou oncologique vantent régulièrement les bienfaits préventifs de l’alimentation selon le mode méditerranéen.

Une enquête sur la diète méditerranéenne et la consommation bio

Une enquête approfondie quant aux modalités des choix alimentaires des consommateurs français a été réalisée dans le cadre de l’étude épidémiologique Nutri-Net-Santé menée depuis 2009 et portant sur plus de 20000 participants.

En fonction des données recueillies par auto-questionnaire déclaratif :

  • Un score est établi pour déterminer le degré d’adhérence du consommateur au mode méditerranéen, allant de 1 = adhérence nulle à 18 = adhérence maximale.
  • Un paramètre chiffré est utilisé pour estimer le degré de sa consommation en mode Bio, à savoir la part pondérale des aliments bio sur le total des aliments ingérés exprimée en pourcentage.

Se basant sur les deux critères précités, cette étude observationnelle a considéré quatre groupes de consommateurs, tous issus de la cohorte Nutri-Net-Santé :

  • Ceux qui mangent Bio et Med (N=2570)
  • Ceux qui mangent Bio et non-Med (N=2532)
  • Ceux qui mangent Conventionnel et Med (N=3498)
  • Ceux qui mangent Conventionnel et non-Med (N=14266)

Pour plus de détails, le score « Med » est compris entre 11 et 13 sur 18 dans les groupes Med et compris entre 7 et 9 sur 18 dans les groupes non-Med. Le paramètre « Bio » est compris entre 68 et 75% dans les groupes Bio et entre 15 et 23 % dans les groupes conventionnels.

Ces quatre groupes constitués, l’analyse a porté notamment sur l’impact environnemental de chacun de ces modes en utilisant des indicateurs officiels, dont ceux relatifs à la production de viande. Les auteurs se réfèrent aux recommandations de la FAO (Food and Agriculture Organization) en matière de préservation des ressources alimentaires mondiales, pointant l’influence des modes alimentaires sur l’équilibre écologique planétaire.

Ils rappellent que le régime méditerranéen est particulièrement bien adapté à cette préservation, en particulier parce qu’il préconise un faible apport en viande rouge et un approvisionnement local. Parallèlement, ils indiquent que la culture bio, par rapport à la culture conventionnelle a un impact environnemental beaucoup plus favorable.

A titre d’exemple, on a pu établir dans cette enquête que le ratio de protéines ingérées d’origine végétale versus animale est 1.38 dans le groupe Bio + Med et de 0.44 dans le groupe Conv + Non-Med, soit une différence significative en termes de protection environnementale.

Autre composante étudiée dans cette enquête menée en 2014 : le coût des repas.

Il est indiqué que passer à l’alimentation méditerranéenne ne génère pas nécessairement une augmentation du prix du panier à la condition de savoir choisir ses aliments, notamment en tenant compte de la saisonnalité. Il apparaît que le coût du repas est globalement plus élevé dans les groupes Bio mais que le prix de la calorie « Bio » est identique dans tous les groupes, alors que le prix de la calorie « non-Bio » est plus élevée dans les groupes « Bio ».

Les consommateurs Bio consacrent une part plus importante de leur budget domestique à l’alimentation par rapport aux consommateurs conventionnels.

Que faut-il en retenir ?

L’ensemble des analyses effectuées dans cette enquête nous amène à conclure de la sorte :

  • Dans le choix des aliments, le mode méditerranéen est conforté au plan nutritionnel et reste à privilégier ;
  • Le mode méditerranéen est compatible avec le mode Bio ;
  • L’approche qui combine les deux modes protège davantage la planète.

Ces éléments constituent des arguments supplémentaires pour nous inciter à orienter nos choix alimentaires dans le sens « Med-Bio ».

(*) Quelques références
(1) Bo S., Ponzo V., et al, 2016, J Trans Med 14:91, Predictive role of the Mediterranean diet on mortality in individuals at low cardiovascular risk: a 12-year follow-up population-based cohort study.
(2) Seconda Louise, Baudry Julia et al Nutrients, 2017, 9, 61 Assessment of the sustainability of the Mediterranean diet combined with organic food consumption : an individual behaviour approach.